Les fantômes du jour partie 2
- Laurence Clément

- Oct 29, 2025
- 4 min read
Updated: Jan 5
Noël
Par Laurence Clément
![]() |

Lynh a toujours été solitaire, introvertie et silencieuse dans un monde où la socialisation, l’extravagance et la communication sont fortement encouragées. Elle ne s’est jamais sentie à sa place dans les endroits bondés, vivants et bruyants. Elle les trouve trop dérangeants et préfère les endroits déserts, inertes et silencieux comme les cimetières : aucun son, aucun mouvement, aucune personne, que du bonheur. Jusqu’au jour où elle réveilla accidentellement l’esprit qui reposait dans la tombe en dessous de là où elle se trouvait. À partir de ce jour, elle ne put plus profiter de sa solitude, mais dut endurer la compagnie forcée de son nouvel « ami » qui semblait bien décidé à ne pas la lâcher. Voici leurs aventures !
Qu’est-ce qu’elle détestait Noël ! Les décorations extravagantes que chaque voisin accrochait sur son balcon pour se sentir spécial alors que celles-ci ne valaient même pas quelques sous. Les lumières aux mille couleurs que les gens laissaient allumées même la nuit et qui empêchaient de dormir. Sans oublier les musiques qui donnent des maux de tête dès le premier novembre. C’est simple, dès que l’Halloween est passée, les cloches ont sonné et Maria Carey s’est réveillée de son hibernation hantant ses jours et ses nuits comme le fait Malice. Elle haïssait Noël et avait bien hâte que toutes les festivités se terminent pour que le calme revienne comme elle l’aimait. C'est d’ailleurs ce qu’elle essayait de retrouver en faisant ses travaux de littérature. Elle devait remettre son analyse sur le célèbre roman « Le passager » de Patrick Sénécal après le congé de fin de session et elle voulait le terminer le plus rapidement possible, ce qui d’habitude aurait été facile pour elle. Mais avec l’approche de Noël et son fantôme de compagnie qui faisait énormément de bruit dans son plafond, la tâche était pénible.
– Concentre-toi, pensa Lynch à voix basse, ce n’est qu'un piètre temps à passer.
– Pourquoi faut-il que tu te concentres ? surgit tout d’un coup une voix au-dessus de son crâne.
Elle sursauta face à cette question inattendue et prit une pause d’écriture pour lever son regard noir vers le haut et observer la tête qui dépassait du plafond. Malice la fixait, un air moqueur sur le visage.
– Pour garder mon sang-froid et ne pas avoir envie de t’aspirer avec l’aspirateur pour satisfaire la colère qui grandit en moi, répondit l’étudiante avec un ton glacial.
Le jeune fantôme afficha un petit sourire face à cette réponse avant de sortir complètement du plafond et de s'asseoir sur le bureau où Lynh était. Cette dernière se remit à écrire son devoir.
– Non, mais sérieusement, commença le fantôme, pourquoi tu travailles là ? C’est Noël ! Tu es sensée célébrer, pas travailler.
– Rectification : Noël c’est dans 5 jours, précisa-t-elle. Pis j’ai rien à célébrer, je suis seule, dans un appartement non décoré et j’ai à peine des sous pour vivre ici.
– Tu n’as pas besoin de plus pour célébrer Noël, lui répondit Malice.
ynh arrêta de taper sur son clavier d’ordinateur et tourna légèrement la tête pour regarder Malice. L'interaction dura une dizaine de secondes avant qu’un sourire apparaisse sur les lèvres de l’étudiante suivi d’un rire hystérique. Elle dut prendre quelques instants pour reprendre son souffle et ouvrir la bouche.
– Bien sûr que si, idiot, ria-t-elle à son nez, Noël c’est quoi si ce n’est pas acheter pour offrir et décorer puis tout oublier le lendemain, car il n’y a plus rien.
Le garçon la considéra pendant un moment avant de répondre. Il la fixait comme s’il avait de la peine pour elle, ce qui dérangeait Lynh qui n’aimait pas être prise par pitié ou tristesse.
– Tu dis ça parce que tu es seule ici comme tu le dis si bien même si je suis là.
– Tu es mort, ça ne peut pas vraiment compter comme une présence, grinça-t-elle entre ses dents, tendue suite à la phrase du garçon.
– Mais si… Parce que je te parle, je suis là et c’est ça Noël, lui cria Malice, blessé par sa réponse, Noël c’est pour célébrer un moment heureux avec ce qu’on a. Pas ce qu’on n’a pas et ce n’est pas juste une fête pour « acheter et offrir », c’est pour démontrer qu’on est reconnaissant à ceux qui nous entourent et les remercier d’être à nos côtés. Les cadeaux ce n’est qu’un bonus et tu devrais comprendre ça. Tu devrais être reconnaissante de ma présence quand tu pourrais être seule au lieu de dire que je ne suis pas là!
Sur ces mots durs, Malice s’envola à grande vitesse, traversant les murs pour s’en aller. Lynh, pour sa part, resta figée, immobilisée comme une statue de marbre. C’était la première fois que le fantôme lui criait dessus avec de la fureur dans sa voix et ça ne lui a pas plu. De un, car elle se sentait un peu coupable de l’avoir traité d’inexistant, mais aussi parce que les mots de Malice lui tranchaient droit dans le cœur. Ce cœur, qu’elle avait rendu si solide comme de la pierre pour se protéger, avait fissuré. Il avait raison en soi, elle ne reconnaissait pas sa présence, mais c’était pour une bonne raison. Elle ne pouvait pas concevoir l’idée qu’il était avec elle. C'était trop dangereux. Elle ne voulait pas revivre la même déception que la dernière fois, elle ne pouvait pas.
Après environ une heure à vagabonder dans ses pensées, la jeune femme décida d’aller vérifier comment était son colocataire forcé. Elle avait peut-être un cœur de pierre, mais elle n’était tout de même pas sans cœur. En sortant de sa chambre, elle faillit trébucher sur quelque chose qui stagnait sur le pas de sa porte. Elle descendit son regard et vit un prisme à base carrée enveloppé de papier cadeaux vert émeraude et de rayures blanches comme la neige posée au sol. Sur le dessus, elle put lire trois petit mots écrits à la va-vite :
« Joyeux Noël pareil.»




Comments