top of page
Search

Les fantômes du jour partie 3

  • Writer: Laurence Clément
    Laurence Clément
  • 4 days ago
  • 4 min read

L'amour


Par Laurence Clément




Lynh a toujours été solitaire, introvertie et silencieuse dans un monde où la socialisation, l’extravagance et la communication est fortement encouragée. Elle ne s’est jamais sentie à sa place dans les endroits bondés, vivants et bruyants les trouvant trop dérangeant et préférant les endroits déserts, inertes et inaudibles comme les cimetières. Aucun son, aucun mouvement, aucune personne, que du bonheur. Jusqu’au jour où elle réveilla accidentellement l’esprit qui reposait dans la tombe en dessous de là où elle se trouvait. À partir de ce jour, elle ne put plus profiter de sa solitude. Elle dut endurer la compagnie forcée de son nouvel « ami » qui semblait bien décidé à ne pas la lâcher. Voici leurs aventures !


-Je suis désolé, mais toi et moi ça ne marchera pas.


Cette phrase fit l’effet d’un coup de couteau en plein dans les organes pour Lynh. Elle s’était douté que cette phrase allait sortir à un moment donné, après tout, ce n’est pas comme si leurs petits rendez-vous se passaient très bien. Toujours la même histoire, ils arrivaient au lieu donné, discutaient un peu de leur vie de façon anodine, commençaient à entrer dans le sujet sensible des relations personnelles, ne se mettaient pas d’accord et repartaient en se promettant de se revoir un autre jour. Toujours la même histoire. C’est pourquoi elle savait que ces mots allaient à un moment donné sortir, mais ils font tout de même très mal.


-On peut tout de même discuter ? Viens t’asseoir. Je vais te servir un verre et on pourra parler.

-Non Lynh, on a déjà essayé et ça marche pas. On se revoit à l'école, bonne soirée.


Suite à ces mots, il tourna les talons vers la porte d’entrée du minuscule appartement de la jeune femme et ferma la porte derrière lui. Lynh, quant à elle, laissa tomber ses fesses sur son canapé et sa tête entre ses mains.


-Vraiment, chuchota-t-elle à elle-même, tous ces efforts pour ça ?


Elle était exaspérée, mais aussi très déçue si elle se fiait à la boule qu’elle avait dans le ventre et les pulsations désagréables que son cœur semblait faire. À quoi pensait-elle aussi ? Que peut-être il y avait quelque chose à découvrir, une nouveauté à expérimenter, qu’elle allait pouvoir sortir de sa zone de confort comme le Malice le dirait ?


-Maudite épaisse que je suis, se dit-elle plus fort cette fois-ci qu’un simple chuchotement.


Elle le pensa vraiment fort, tellement qu'elle finit par prendre la tasse qui traînait sur la table en face du canapé et la balancer à grande vitesse vers la fenêtre en face d’elle. Sauf qu’au lieu de se fracasser sur celle-ci, la tasse s’arrêta en plein vol, comme si un fantôme venait de l’attraper de justesse. En fait, ce n’est pas comme si un fantôme avait bel et bien attrapé la tasse de justesse et il se manifestait moins de quelques secondes après avec une expression faciale démontrant de la contrariété.



-Je peux comprendre que tu sois triste qu’il aille rompu avec toi, mais tu n’es quand même pas obligée de l’exprimer en fracassant la jolie tasse que je t’aie offerte à Noël! Elle ne t’a rien fait la tasse.

Lynh leva son regard vers celui venant de parler, les yeux emplis d’un orage prêt à jeter des éclairs sur quiconque l’énerverait. Malice était très doué à ce manège.


-Je ne suis pas triste, corrigea avec rigidité la jeune blonde, je suis déçue.

- La déception est une forme de tristesse.

-Wow ! Tu es devenu un expert en mot, tu devrais appliquer pour mon programme de littérature.


Face à ce sarcasme, Malice ne répondit pas. Il vola à la place vers le canapé et s’assit (bien que les fantômes ne peuvent pas vraiment s’assoir selon lui) à côté de la jeune femme au visage fermé.


-Tu as le droit d’être triste, dit doucement le fantôme, après tout, ce n’est pas un évènement joyeux une rupture.


-Je ne suis pas triste répondit sèchement l’étudiante en littérature tout en se levant vers sa chambre, et ce n’était pas une rupture, on n’était pas ensemble, on s’utilisait pour passer le temps.


-Mais tu l’aimais bien ?


Lynh se figea à cette question. Elle ne bougea plus et resta comme paralysée sur place. Malice en profita pour continuer sa remarque.


-C’est normal d’être triste quand on aime quelqu’un et que cette personne nous laisse. Une rupture ça brise le cœur et ça nous provoque des maux à l’estomac et des maux au cœur, mais ce n’est pas grave. Ça arrive. Faut juste laisser passer et continuer à mener notre vie. Il y en a plein des poissons dans l’océan, non ? Ce n’est pas ça qu’on dit ?


Malice avait parlé pendant un moment et Lynh n’avait pas bougé d’un muscle durant ce moment. Elle réfléchissait à la question que le fantôme avait posée juste avant. Est-ce qu’elle avait commencé à l’aimer ? C’était dure pour elle d’imaginer une telle chose sachant qu’elle avait depuis longtemps décidé de fermer son cœur à double tours pour éviter de lui faire mal. Elle avait choisi de ne plus l’ouvrir pour ne plus avoir à s’aventurer vers ce qu’elle ne connaissait pas, ce qu’elle ne pouvait pas prévoir et anticiper, ce qu’elle ne pouvait pas empêcher de l’atteindre si jamais cette chose se décidait à l’attaquer. Mais est-ce qu’elle avait laissé tomber ses verrous ? Cette réflexion créa chez elle une forte émotion d’insécurité qu’elle n’appréciait pas. Elle se tourna donc vers le fantôme et changea son air troublé pour un air sournois et un peu moqueur.


-Pour un fantôme errant, tu en sais des choses sur les relations amoureuses, tu m’expliques? demanda la blonde avec un sourire en coin et une pointe de sarcasme.


Le fantôme voyait clair dans son jeu, mais il n’essaya pas d’insister. À la place, il plaqua sur ses lèvres un sourire joueur et lui répondit:


-On voit beaucoup de choses quand on erre dans le monde.


Lynh le regarda suite à cette réponse, lâcha un petit rire et s’engouffra dans l’antre qu’était sa chambre. Malice, pour sa part, la regarda s’enfermer dans la pièce et perdit son sourire au moment où elle ferma la porte. Lynh avait toujours été difficile à déchiffrer et à apaiser, mais il y arriverait, il en était persuadé. Il se l’était promis il y a 5 ans.

 
 
 

Comments


Post: Blog2_Post
  • Facebook
  • Twitter
  • LinkedIn

©2021 Le site du Polyvanois est crée avec Wix.com

bottom of page